BUENOS AIRES - janvier 2012

INSTANTANES DE NOTRE QUOTIDIEN PORTEGNE

Ci-dessous quelques instantanés de notre quotidien à Buenos Aires pendant un mois et d'un passage en 2012 entre danse, yoga, concerts, peñas, milongas, soleil, promenades dans la ville... qui participent à la construction d'un nouveau territoire...

04/01/12 - ATELIER GUIDÉ PAR CÉLINE

Improviser, construire et habiter

 

Trabajo a partir de un texto de Deleuze y Guattari, extraido de Mil mesetas.

" I. Un niño en la obscuridad, presa del miedo, se tranquiliza canturreando. Camina, camina y se para de acuerdo con su canción. Perdido, se cobija como puede o se orienta a duras penas con su cancioncilla. Esa cancioncilla es como el esbozo de un centro estable y tranquilo, estabilizante y tranquilizante, en el seno del caos. Es muy posible que el niño, al mismo tiempo que canta, salte, acelere o aminore su paso; pero la canción ya es en sí misma un salto: salta del caos a un principio de orden en el caos, pero también corre constantemente el riesgo de desintegrarse. Siempre hay una sonoridad en el hilo de Ariadna. O bien el canto de Orfeo.
 lI. Ahora, por el contrario, uno está en su casa. Pero esa casa no preexiste: ha habido que trazar un círculo ahrededor del centro frágil e incierto, organizar un espacio limitado. Muchas y diversas componentes intervienen, todo tipo de señales y marcas. Ya era así en el caso precedente. Pero ahora son componentes para la organización de un espacio, ya no para la determinación momentánea de un centro. Las fuerzas del caos son, pues, mantenidas en el exterior en la medida de lo posible, y el espacio interior protege las fuerzas germinativas de una tarea a cumplir, de una obra a realizar. Hay toda una actividad de selección, de eliminación, de extracción para que las fuerzas íntimas tertestres, las fuerzas internas de la tierra, no sean englutidas, puedan resistir, o incuso puedan extraer algo del caos a través del filtro o la criba del espacio trazado.

III. Ahora, por fin, uno entreabre el círculo, uno abre, una deja entrar a alguien, uno llama a alguien, o bien uno mismo sale fuera, se lanza. Uno no abre el círculo por donde empujan las antiguas fuerzas del caos, sino por otra zona, creada por el propio círculo. Como si él mismo tendiera a abrirse a un futuro, en función de las fuerzas activas que alberga. En este caso, es para unirse a fuerzas del futuro, a fuerzas cósmicas. Uno se lanza, arriesga una improvisación. Improvisar es unirse al Mundo, o confundirse con él. Uno sale de su casa al hilo de una cancioncilla. En las líneas motrices, gestuales, sonoras que marcan el recorrido habitual de un niño, se insertan o brotan "líneas de enrancia", con bucles, nudos, ve- locidades, movúnientos, gestos y sonoridades diferentes
 No son tres momentos sucesivos en una evolución. Son tres aspectos de una sola y misma cosa, el Ritornelo."

Consigna 1: Destacar las palabras que consideran hacer parte de sus propios territorios linguisticos y reconstruir una frase personal a partir destas palabras. Improvisar una danza a partir de estas frases, no como una interpretacion o una representacion del sentido, sino mas bien como una ampliacion del lenguaje verbal al lenguaje corporal.

 

Paola : "Estoy aqui. Este es mi lugar? Estoy aqui en la tierra. Salto hacia el cosmos, vuelvo al origen, y soy un nino, que con su cancion construye la casa del espiritu".

Eva: "Al principio un hilo, un aroma, un espacio tranquilo donde acurrucarse y dormir. Un espacio amoroso desde donde salir al descubrimiento de lo desconocido, a la creacion de lo nuevo. Un lugar donde volver, al final, al principio."

Marion : "En ouvrant le cercle, l'enfant improvisa un autre monde".

Laurence: "Dans le noir, la chanson interieure resonne dans mon corps intime, elle donne l'impulsion d'aller vers un ailleurs, vers l'autre. Improvisons ensemble et construisons de nouveaux chemins."

 

Consigna 2: De a dos, construir sobre el espacio de la hoja kraft un territorio a la vez intimo y compartido, a partir de las palabras extraidas del texto y de las frases escritas en el exercicio anterior. Dejar que aparecen otras palabras, otros signos, otros tracos. Seguir construyendo este territorio, habitandolo con el cuerpo y dejando fluir el pensamiento, la imaginacion, el movimiento. Habitar de a dos este territorio, tomando en cuenta el espacio enterro.

 

10/01/2012 - ATELIER GUIDÉ PAR PAOLA ET EVA

Memoire corporelle et memoire des corps

 

Vendredi, Paola et Eva nous emmenent sur le site de l'ancienne école militaire de Buenos Aires, l'ESMA, ayant servi clandestinement pendant la dictature militaire à l'enfermement et la torture des prisonniers politiques. Le site a continué de fonctionner en école militaire jusque dans les années 2000. Le 24 mars 2004, jour de l'anniversaire du coup d'état militaire de 1976, le president Kirshner a annoncé la reconversion du site en mémorial dédié aux victimes de la dictature militaire et aux droits de l'Homme. Quelques mois après son élection à la tête du pays, cette décision symbolique marque aussi la fin de l'impunité pour les tortionnaires qui s'étaient vus amnistier pendant les années du ménemisme. 

Écritures à vif :

"De grands espaces verts, lumineux et ombrages. Une ville dans la ville. Un espace de respiration et de déambulation. Et puis il y a les mots, les images, les voix qui resonnent dans la halle du grand préau ou l'on imagine l'accomplissement des exercices militaires et où l'on entrevoit les fantômes du passé, toutes ces personnes torturées, masacrées, fusillées pour leurs idées et leurs convictions. Où sont les corps des 30000 disparus de 1976 a 1983? Devoir de memoire et nécessité de l'histoire. Nécessité de comprendre, de se rappeler, de ne pas oublier le pourquoi de tant d'horreurs..."

 

Atelier en studio mené par Paola :

Travail de contact en duo (une personne qui guide le mouvement et l'autre qui se laisse guider par le poids du corps). Après une première improvisation sans autre consigne, la personne "manipulée" est invitée à faire le récit de son vecu lors de la visite du mémorial. Cette expérience fait revivre dans le corps et par le corps la traversée du mémorial et libère des émotions fortes liées aux vécus personnels et singuliers de chacune d'entre-nous. Les mouvements fluent et se connectent au recit.

Travail de réinterpretation du récit fait par l'autre d'une part et réinterpretation du mouvement guidé par l'autre, d'autre-part.

09/01/2012 - ATELIER GUIDÉ PAR EDUARDO (EXTRA)

Habiter son corps

 

Sur la terrasse de Pompeya, par une nuit de pleine lune, nous avons eu la chance d'être initié au butoh par Edu, Luis Eduardo Martinez, ami de Paola, artiste aux multiples facettes nourri de différentes disciplines (danse, performance, théâtre d'objets, sculpture, poésie...) et initiateur de nombreux projets de création collective et participative dans l'espace urbain ou en milieu rural. Danseur de butoh depuis plusieurs années, Edu contribue au développement de projet d'échange et de rencontre avec des grands maîtres japonnais, à la réappropriation du langage et de la technique butoh et au développement de propositions scéniques originales sur la scène argentine.

 

Le butoh est une danse contemporaine japonnaise qui depuis les années 80 a gagné du terrain dans le champ de la danse contemporaine. Basée sur l'improvisation d'états internes qui se logent dans le corps, le butoh permet le développement personnel et poétique de chaque danseur.

Née de l'observation des corps en mouvement, le butoh a été dès ses débuts une danse d'observation et de contemplation à la fois des paysages internes du corps propre comme de l'ensemble de l'espace extérieur et environnant. Le corps du danseur de butoh est habité de toutes ses présences internes et externes qui le traverse. Il n'est pas ici question d´imiter, de représenter mais de devenir : oiseau, eau, metal, verre, vent...et c'est la raison pour laquelle la présence du danseur de butoh est si bouleversante. 

Au delà de son esthétique particulière (corps nus, peints en blanc), le butoh est avant tout un acte de résistance; résistance à la vitesse, aux gestes stéréotypés, aux habitudes du quotidiens, aux vouloir-faire et vouloir-saisir. Danser le butoh c'est être en chemin, sur une ligne, plutôt que d´arriver à un point.

 

Le site de Eduardo : http://www.lemu-martinez.blogspot.com/

 

11/01/2012 - ATELIER OUVERT GUIDÉ PAR EVA

Imagination et perception

 

Au cours du séjour, nous avons souhaité ouvrir à d'autres nos expérimentations et processus de création et animer un atelier ouvert au public. Le centre culturel San Martin, nous en a donné l'occasion.

Anciennement haut lieu de la culture avant-gardiste portègne, le centre culturel est aujourd'hui délaissé par les autorités de la ville qui en avaient programmés la transformation et la privatisation. Suite à cette décision, un collectif d'étudiants et d'artistes s'est formé pour résister à la dégradation du lieu et l'abandon des activités gratuites (ateliers, prêt de studios de répétition, séminaires, rencontres, débats, projections....). Le collectif occupe aujourd'hui tout le 6ème étage du centre et la salle de théâtre Alberdi.

Nous avons donc proposé de nous insérer dans les activités dédiés à l'improvisation en danse et de guider la jam du mercredi, à partir de nos préoccupations respectives et de nos échanges récents autour de la question du territoire. Eva a menée cette séance d'improvisation collective, en proposant un travail très intéressant de va et vient entre paysages internes et espace environnant, entre imagination et perception.

Un très beau moment de danse.

 

13/01/2012 - ATELIER GUIDÉ PAR LAURENCE ET MARION

Ouvrir ses sens, générer une nouvelle perception de la ville, reconstruire un territoire intime

 

1- Proposition d'un parcours les yeux bandés dans un quartier de la ville. L'enjeu de cette déambulation est de générer une nouvelle perception et appréciation de la ville en provoquant une désorientation. Le choix du parcours pour cette exploration aveugle provient d'une particularité urbaine visible sur le plan n°23* du guide urbain de Buenos Aires : au lieu des habituelles "cuadras" orthogonales qui dessinent le plan de ville, nous observons des rues très étroites et la proximité d'un parc.

 

2- Déambulation de 30 minutes dans le parc Chacabuco dont l'environnement urbain est très riche : mobilier et aménagements, paysage urbain, présence de l'autoroute, environnement sonore très particulier...

La consigne de la déambulation est la suivante : le moteur du déplacement doit se situer dans l'instantanéité d'un événement ou micro événement urbain (par exemple : un son, un mouvement, une odeur, une couleur, une sensation...). L'état de conscience de son propre mouvement et la nécessité de se déplacer doivent être liées à la réception d'une stimulation extérieure.

En fin de déambulation, les danseuses vont chacune créer une carte subjective et émotive de leur parcours. Pour cette restitution cartographique de 15 minutes, le tracé et la légendes sont libres.

 

3- Improvisation dansée dans le parc. Consigne : à partir du territoire propre construit par chacune au cours de ces deux explorations, s'ouvrir au territoire de l'autre et tenter de l'intégrer.