Démarrage de l’observation, qui m’entoure ? Assise à la table du café que je fréquente le plus. J’observe à la Perec les gens qui s’attablent pour l’heure du déjeuner.

 

Je travaille au Sud de Paris, j’habite au nord. J’ai plusieurs chemins quotidiens réguliers car la répétition systématique des parcours me déprime et surtout j’ai la chance de travailler en libérale, mon activité me permet ces fantaisies. Lundi, mardi travail de bureau ou RDV extérieurs, mercredi chantier à Aulnay-sous-Bois, jeudi chantier à Carrières-sous-Poissy et Andrésy, vendredi retour au bureau. Seul bémol, tout se passe en voiture… bientôt énorme changement. Mon territoire quotidien se parcourra à pied.

27/11/10

Des cicatrices de la ville, l’inaccoutumé au coin de la rue : quand l’intime investi la place public.
Des cicatrices de la ville, l’inaccoutumé au coin de la rue : quand l’intime investi la place public.

Première balade en prenant conscience des limites de ce que je peux percevoir de mon territoire quotidien. Je choisie d’y arriver en partant du dehors, à sa limite, pas très loin, aux Abbesses (2 stations de métro de chez moi). Qu’est qui me dit que je suis en dehors ? Le fait qu’à la station de métro je ne sois pas sortie automatiquement du bon côté et que je ne connaisse pas précisément le paysage de la rue. Cette notion passe-t-elle par des habitudes d’usages du lieu qui font qu’on agit sans vraiment être amené à réfléchir ? Par la reconnaissance de l’autre ? Notre territoire nous met/permet d’une certaine façon d’avoir des œillères. Réapprendre à voir pour aller au-delà des limites que l’on a inconsciemment accepté.

Les Abbesses, anonyme.

Montmartre lieu touristique pour la plupart mais aussi lieu de respiration. C’est pour moi un point essentiel de mon territoire quotidien sans lequel il me serait difficile d’être. 1. On peut s’assoir 2. La vue de l’horizon s’apparente aux paysages contemplatifs que sont les montagnes. Elle m’y ramène, me permet d’étendre ce territoire à d’autres lieux imaginaires, d’autres points d’attaches dans la ville et en dehors. Le skyline…

4/12/10

Conversation : la ville lieu de transhumance quotidienne. Et pourquoi pas de repos ? De contemplation ? « Rue des Saules, avant il y avait des bancs, cela fait maintenant plusieurs années qu’ils n’ont pas été remplacé.  Il devient difficile de se reposer comme on pouvait avant le faire dans les champs» dixit une vieille habitante du quartier. Je repense à une photo de Doisneau qui représentait à Ménilmontant un ouvrier qui prenait sa pose, allongé dans l’herbe d’un terrain vague… on était dans les années 50. Qu’est ce qui a changé, aujourd’hui? Est-ce dangereux à cause des SDF? Pourquoi l’urbain devrait-il rester hostile ? Se réapproprier la ville, c’est notre territoire commun! Enjeu politique et spatial. La ville n’est pas uniquement un lieu de passage et/ou de consommation. Quels sont les lieux refuges dans la ville aujourd’hui quand cela va mal ? Les marches du parvis… ça me rappelle cet homme de 20 ans qui l’été dernier m’avait raconté qu’il dormait dans le jardin Louise Michèle depuis plusieurs mois et refusait qu’on lui donne la pièce pour l’aider. Qu’est-il devenu ? A-t-il réussi à partir au Sud comme il en rêvait ?

26/02/11

Premier message de la journée, dans ma balade j’ai vu un clin d’œil à notre futur voyage, rue André Del Sartre.
Premier message de la journée, dans ma balade j’ai vu un clin d’œil à notre futur voyage, rue André Del Sartre.

Retour sur les marches du parvis de Montmartre. Quelqu’un vient s’assoir sur ma jambe alors que je suis en train de commencer à écrire ! C’est clair c’est un endroit ou la promiscuité est en exergue mais tout de même ! Alors que le flot des touristes est tourné vers la basilique, mon regard va toujours vers cet horizon. Ici se lit à ma carte imaginaire, l’endroit d’où je viens, celui où j’aimerai être. Deux types de personnes se partagent l’espace. Les touristes et les vendeurs à la sauvette. C’est plutôt calme on est en début de journée. Un groupe de guadeloupéens chantent et entament une petite danse pour fêter l’anniversaire de l’un d’entre eux. C’est bon enfant. En haut les « artistes de la butte » et les commerçants. La hiérarchie est respectée.

 

Je redescends doucement par Lamarck. Ici pas beaucoup de touristes, ils s’arrêtent pour la plupart aux sanisettes au début de la rue. Verticalité géographique et vues lointaines sur la banlieue Nord me donnent souvent l’envie de monter dans l’un de ces appartements anonymes qui se trouvent dans la rue.   

5/03/11

Indécise je pars dans la rue Ordener. J’aime la démarche insouciante de cet enfant qui raconte tout un tas de truc à son père en faisant d’innombrables variétés de pas différent. Pas chassés, petits sauts de la 2nde à la 6ème, course d’envol avec les bras en ailes d’avion… Il danse !

Collecte du jour, une carte postale de Lisbonne, je bats le pavé et poursuis ma route. 

 

« Et puis maintenant, elle marche en plein milieu de la rue. Ça va la tête ! » Éructe une femme à l’attention d’une autre alors que la rue est déserte. Plus loin la brocante de la rue Caulaincourt, rythme lascif du flâneur, alors que d’autres s’énervent et bousculent pour passer. La promiscuité, la fatigue de cette fin de dimanche.


12/03/11

Marché sauvage dans le métro station Barbès
Marché sauvage dans le métro station Barbès

Je m’arrête dans un café que je ne connais pas rue Houdon, on est en plain quartier des Abbesses. Ici le sirop en terrasse est à 4.50€, bouteille de Vittel imposée ! Welcome dans le 18e branchouille ! Il est 13 :20, il fait 16°C. Je suis partie de chez moi ce matin en remontant la rue de Clignancourt. Le samedi, les gens font leur marché, beaucoup de caddys et de cabas. On marche vite. Les itinéraires sont courts. Le boulanger et vite on disparait derrière une porte cochère après un bref échange avec la concierge portugaise. De l’autre côté l’immeuble de médecin du Monde abrite un SDF installé ici pour l’hiver, la guérite du commissariat, ça monte toujours.

 

Rue Custine j’oblique, les boutiques de « Black beauty » ongleries, mèches et défrisage annoncent déjà le boulevard avec les cafés rhumeries et les magasins de portables. Ça se bouscule, ça parle fort, c’est plein de couleur, d’odeurs. L’œil est ravi mais on est aussi sur le qui vive. La fauche est partout, le deal en tout genre aussi. Les vendeurs à la sauvette étalent leur commerce de contrefaçons entre les boutiques du marché alimentaire. Les corps se frôlent, l’énervement est palpable. Tout d’un coup tout bouge, s’accélère, disparaît avec dextérité en 3 secondes… le bruit d’une descente de police éminente à fait son effet. D’un autre côté mon regard suit le mouvement de corps qui se détachent de la foule ambiante : une jeune femme attrape quelqu’un en hurlant « Eh, toi ! Je t’ai vu. Tu viens de me voler mon portable. – De quoi vous parlez, j’ai rien » il s’extirpe profitant de la foule grouillante qui les sépare. Ça va trop vite déjà le retour des cartons de contrefaçons reviennent. Une femme en boubous colorés m’écrase allègrement les pieds avec son chariot rempli de poissons et légumes. Un véritable bulldozer… L’odeur de la viande m’assaille avec un mélange d’herbe et d’épices. Les aliments s’adressent plutôt à des consommateurs d’origine africaine mais les épiceries sont tenues majoritairement par des asiatiques. C’est un mélange culturel total : ici on est à la lisière du quartier afro, arabe et indiens… ça c’est Paname ! Rue Poulet, rue Dejean, rue Poissonniers, les djellabas, les couscous à 6€. On est dans l’ancien tracé de Château rouge (hôtel particulier transformé en bal public au 19ème siècle, aujourd’hui démoli, dommage).

04/11 - Château rouge

La requalification urbaine est en train de s’opérer : démolition d’immeubles jugés vétustes au profit d’immeuble de logements sociaux à l’architecture contemporaine. J’y participe à plusieurs niveaux. D’un part en tant que représentante de l’architecture, d’autre part je viens d’y installer mon atelier. Certain habitant du quartier croient d’ailleurs que je suis l’auteur de l’immeuble que j’occupe au RDC. Ici, je suis pour l’instant une pièce rapportée même si j’habite à 10 min à pied. Mais déjà de savoir que je suis du 18e le cafetier d’en face est rassuré. Les saluts dans la rue sont francs.

 

Dans les restaurants la TV parle en arabe et le thé à la menthe est offert. Je remonte la rue des Gardes longeant le parc, un nouveau SDF s’est installé dans une alcôve d’immeuble. Il s’est fait un simili de chambre avec un lit, une chaise. Derrière le square Léon, l’église Saint Bernard haut lieu du mouvement de contestation des sans papiers. Juste avant la Goutte d’Or un pôle de création symbole de la volonté politique de redynamisation du quartier par la Ville de Paris. Créateurs de culture métisse, aucun prix affichés car le décalage avec le pouvoir d’achat des locaux serait trop important. On est dans le quartier magrébin : beaucoup de boutique de mariage, des boutiques de portables se partagent la rue avec les édifices publics : commissariat, écoles, bibliothèque, centre culturel et la poste. On est dehors, on discute, on profite du temps très doux. C’est l’effervescence d’un samedi après-midi. Boulevard Barbès, retour à la généroscité (Rem Koolhaas) Virgin, Jouet Club, les gros ses enseignes sont là. On est pare-choc contre pare-choc. Je m’échappe rue Christiani tranquille petite rue morte grâce à la présence massive de la BNP qui tient tout l’îlot.

08/04/11 - Commémoration des 140 ans de la Commune

Une autre affiche en haut de Montmartre montre les 171 canons du siège, quelqu’un a commencé à l’arracher… un collectionneur ou aurait-on peur que ça recommence ?
Une autre affiche en haut de Montmartre montre les 171 canons du siège, quelqu’un a commencé à l’arracher… un collectionneur ou aurait-on peur que ça recommence ?