PROMENADE 27/02/11 - L'OBSOLESCENCE PROGRAMMEE

Des points et des lignes ? Une carte au trésor ? Paris, le périphérique, et les immeubles haussmanniens ? Un labyrinthe ? Un circuit imprimé ?

Pauvres téléviseurs abandonnés au coin d’une rue et détrônés dans nos salons par les écrans plats.

PROMENADE 12/03/11 - VOUS ETES ICI

 Café de l’horizon, rue de la Roquette, proche de la place Léon Blum. Une table au soleil. Un café à 2€. Il est 13h et à la radio passe « Cette année là ».

 

« Interdit de déposer ses ordures sous peine d’amende ». Doit-on entendre par ordures sa tente, ses affaires, ses marques, sa signature. Interdiction donc ici de faire territoire ?

Promenade sous le signe de la Roquette : le square sur les lieux de l’ancienne prison, la rue, le squat encore actif de la Petite Roquette…pour combien de temps encore? L’origine du nom de Roquette serait latine et  désignerait une petite plante qu’on y trouvait alors. Mais ce nom pourrait tout aussi bien provenir de rochette (petite roche) ou encore, être un dérivé de Rocquet, comte ayant habité les lieux au XVIIIème siècle.

 

Dans les rues calmes et ensoleillés, sur les grands boulevards circulés et passants, flotte comme un air de printemps. La ville respire et on s’imagine un instant réinvestir les rues, sortir les chaises longues, le barbecue  et les boules de pétanque, planter de l’herbe et remplacer par des jardins potagers l’espace réservé aujourd’hui aux voitures.

 

A la table d’hier, les petits vieux du quartier discutent de l’ancien propriétaire. Michel et Albert, Robert et Odette. « Aujourd’hui avec l’augmentation des loyers…..Et une si petite retraite…. ».

Hugues Aufray succède à Claude François. « Dis-moi Céline, les années ont passé ». « ça me fait monter les larmes ça ma petite demoiselle. Pas vous ? »

 

Je continue à déambuler dans le Paris animé du samedi midi : rue de Charonne, rue du faubourg Saint-Antoine, marché d’Aligre…Dans les cours, les passages, les impasses, on trouve des anciens entrepôts et ateliers. L’ancien Paris rouge des faubourgs où ouvriers, artisans et révolutionnaires ont vécu, travaillé et se sont révoltés. Aujourd’hui à leur place : agences d’archi, de design, boutiques de fringues, ateliers d’artiste, cafés branchés, lofts bourgeois. La gentrification comme on dit...

 

Et puis, toujours et encore des plaques commémoratives –enfants juifs, résistants, prisonniers de guerre regroupés ICI (jardin de la Roquette), ICI (école), ICI (ancien marché), ICI (gymnase)… pour y être déportés vers les camps de concentration en Allemagne. L’implication de Vichy, la collaboration de la France.

 

Résonne alors les propos racistes actuels de nos gouvernants ou autres personnalités publiques, visant tour à tour les roms, les arabes, les chinois, bientôt les grecs. Est-ce que cette horreur recommencera ?

 

Je chemine.

En passant devant le squate de la Petite Roquette puis  l’ancien foyer des travailleurs immigrés, je pense au TAZ, zone d’autonomie temporaire de Hackim Bay. Je pense à tout les autres lieux  à investir, à habiter, à se réapproprier.

 

Je marche. Vous êtes ICI. Et puis Venise et ses pizzerias, le Tréport et ses mouettes, Enghien les Bains et son lac. Je suis ici et je suis AILLEURS.  

PROMENADE 5/03/11 - MARQUES, TRACES, SIGNATURES...

Je pose un geste. J’écris mon nom. Je laisse une trace. C’est-à-dire... je fais territoire.

Le Père Lachaise, comme une pause, un silence dans le bruit incessant de la ville.

 

Ici la pierre, le marbre et le béton ont une vie secrète. Ils font corps avec les vers, les racines, l’humus, les animaux petits et grands qui habitent le cimetière. Les tombes se fendent, les caveaux s’ouvrent, les escaliers se vrillent… La vie gagne toujours sur la mort.

La rue d’Avron fait peau neuve. Cette « rénovation » repoussera sans doute, un peu plus loin encore les pauvres, les exclus et les étrangers. La place des minorités n’est plus à Paris. Mais que restera-t-il ici lorsque toute la majorité aura récupéré la ville ? Quand Paris aura rejeté toute diversité ethnique, sociale, culturelle ? Pas de vie urbaine possible sans hétérogène, sans pluralité ni multiplicité. En un  mot sans bordel.

 « Le triomphe de la République ». Place symbolique de la Nation. Point d’arrivée ou de départ de toutes les manifestations. Comme République ou Bastille, la nation est une des limites de mon territoire géographique (du 11ème arrondissement aussi). Elle est un repère visuel et urbain. Et puis ? Place ronde ou place rond point.

Même les pigeons sont à l’étroit dans les piscines parisiennes.

Détournement, réappropriation, transformation.

Une touche de couleur, d’humour et de fantaisie.

Les yeux dans la cité de l’Ameublement font partis de tous ces signes, ces marques,c mots d’anonymes qui abondent en ville. Ils sont discrets ou très visibles, temporaires ou permanents, sur les murs, les trottoirs, les façades et les toits. A travers leur expression, les citadins, les citoyens, les artistes disent : «je suis chez moi».

PROMENADE 22/04/11 - PARIS COCOTTE MINUTE

Paris au printemps et cette soudaine nécessité de vivre au grand air, de retrouver la nature, de marcher pieds nus dans l’herbe, de faire la sieste à l’ombre des arbres, de pique-niquer au bord de l’eau, de profiter de l’air frais à la tombée de la nuit, de lire un roman d’aventures en sirotant un verre en terrasse. De gagner sa liberté et sa place au soleil.

 

Mais si Paris est engoncé l’hiver dans ses transports en commun bondés, ses équipements publics surpeuplés, ses logements étriqués, la ville n’arrive pas à regagner de l’espace en été. Tout le monde s’entasse sur les bords des canaux, les berges de la Seine, dans les parcs et les jardins, sur les quelques terrasses ensoleillées où la densité de personnes au m², le prix des consommations et la tension des serveurs rendent la bière amer (sans y ajouter de picon).

 

Ici pas de friches, de terrains vague, de forêt des possibles. La moindre parcelle est recensée, préemptée, clôturée. Destination : logements sociaux ou en accession, équipements, bureaux. La population croît et ses besoins avec. Mais qu’en est-il du besoin vital de se re-créer en ville, de vivre ensemble et non pas les uns sur les autres ?

Chercher et chercher encore les interstices urbains, les marges de la ville quadrillée et de l’espace strié. Recréer du lisse. Ouvrir le couvercle de la cocotte minute. Percer la bulle.

TRAJETS QUOTIDIENS - LE NOM DES RUES

Trajet du mardi 22 février :

 

Trajet aller maison-travail (8h30-9h)


Alexandre Dumas : écrivain du XIXème siècle

Boulevard Voltaire : philosophe du XVIIIème siècle

Rue de Chanzy : général français, commandant de l’armée de la Loire, guerre de 1870

Rue Saint Bernard : patron de l’ordre de Citeaux auquel appartenait l’abbaye St-Antoine

Rue des Citeaux : ordre religieux

Boulevard Diderot : philosophe du XVIIIème siècle

 

Trajet retour travail –maison (18h30-19h)

 

Rue Abel : mathématicien norvégien

Rue Charles Baudelaire : poète français du XIXème siècle

Rue du faubourg Saint-Antoine : rue conduisant à l’abbaye Saint-Antoine

Rue Trousseau : célèbre médecin français du XIXème siècle

Rue Charles Delescluze : révolutionnaire de la Commune de Paris

Rue de Chanzy : général français, commandant de l’armée de la Loire, guerre de 1870

 

Aujourd’hui j’ai croisé dans les rues de mon quartier le nom de célèbres hommes du passé : un poète, un écrivain, deux philosophes, trois religieux, un mathématicien, un médecin, deux religieux, un général et un révolutionnaire. Et puis aussi de nombreux travailleurs inconnus : une dizaine de pompiers, deux pervenches, trois militaires, deux spéléologues des égouts de Paris, des cafetiers, des vendeurs et une foule d’autres travailleurs…

 

Trajet du mercredi 23 février :

 

925 pas depuis le croisement à l’angle de la rue Saint-bernard et la rue du faubourg Saint-Antoine et le bas de mon immeuble, 4, rue Alexandre Dumas.

1510 pas depuis le croisement à l’angle de la rue Saint-bernard et la rue du faubourg Saint-Antoine et le bas de la tour Gamma D, Setec.

 

Trajet du jeudi 24 février :

 

La guerre de 1870-1871 :

Les généraux de mon quartier : Chanzy (général français, commandant de l’armée de la Loire, guerre de 1870), Faidherbe (général gouverneur du Sénégal, commandant en chef de l’armée, guerre de 1870)

Les lieux : Buzenval (combat du 19 janvier 1871 entre les troupes de Paris et de l’armée allemande), Belfort (ville célèbre par le siège qu’elle soutint en 1871 et qui lui valut de rester française), Avron (plateau d’Avron défendu par la garnison de Paris en 1871).

 

Les écrivains, philosophes, poètes, artistes, architectes :

Dumas, Voltaire, Diderot, Vitruve, Sedaine, Vallès

 

Souverains et hommes politiques :

Philippe Auguste, Léon Blum, Paul Bert, Léon Frot, Charles Delescluze, de Cotte, Godefroy Cavaignac, Ledru Rollin, Aligre

 

Les lieudits, les villages :

Candie, Vignoles, Orteaux, Pyrénées, Haies, Mont-Louis, Grand-Champ, Repos, Basfroi, Chemin vert, Charonne, Bagnolet, Reuilly, Charenton, Forge royale, Roquette, Réunion

 

Propriétaires terriens, notables, religieux, scientifiques, entrepreneurs :

Montgallet (propriétaire), Planchat (aumônier), Traversière (jardinier propriétaire), Guénot (propriétaire), Folie-Titon (propriétaire directeur des m agasins royaux d’armes), Richard-Lenoir (tisseurs de la fin du XVIIIème siècle), Dallery (scientifique machine à vapeur), Abel (mathématicien norvégien), Saint-Bernard (patron de l’ordre des Citeaux), Folie-Regnault (épicier propriétaire), Chaligny (famille de fondeurs), Mercoeur (duc, seigneur de la Roquette), Trousseau (médecin français).