Le territoire en danse

Aborder la notion de territoire à travers la danse, c’est alors et fondamentalement poser la question du corps, celui-ci étant le lieu même du mouvement dansé. Tout mouvement déployé dans l’espace est d’abord pré-mouvement intérieur, écoute des rythmes internes du corps, prise de conscience de son état (de l’organisation du squelette, du rapport au poids, de la tension des muscles, de l’écoulement des fluides et de la respiration des tissus…) et attention portée aux vibrations de l’extérieur qui viennent réveiller et stimuler l’imaginaire.
   
Mais le territoire de la danse est aussi l’espace rendu visible par le mouvement du corps, le lieu où ce dernier imprime sa trace et dépose sa signature. Ce territoire ainsi marqué par le mouvement dansé, pourrait être celui décrit par Laban comme la « kinesphère » du danseur.
  
Au-delà de la sphère propre du mouvement dansé, le territoire de la danse est celui où celle-ci prend forme, s’organise dans des lieux, autour de pratiques, de gestes et de mots communs. Son territoire est celui où elle se reconnaît comme telle, où elle se donne à voir et à penser (studio de danse, scènes de théâtre, bals populaire,…).
Questionner le territoire de la danse, c’est alors questionner la place accordée aujourd’hui aux lieux d’expressions poétiques du corps (de dépose d’une marque, d’une signature, d’un mouvement). En dehors des espaces dédiés, institutionnalisés et contrôlés, en dehors des espaces de relégation de l’art et de la danse, quelle place pour l’expression de nos corps, de nos voix ?
  
Questionner le territoire de la danse c’est aussi étudier ce qui se passe lorsque la danse sort de chez elle, et qu’elle occupe un autre territoire – exemples de toutes les performances en espace public ou in-situ. Est-ce que la danse permet dans ce cas de redéfinir les lignes de partage entre le sacré et l’ordinaire, l’art et le quotidien, la scène et la rue, l’artiste et le public ?
     
Questionner le territoire par la danse c’est penser la manière dont cet art du mouvement, de l’évanescent, rend possible la dépose d’une marque sur un territoire. Si elle est à même de faire bouger les lignes entre les territoires et d’en recomposer de nouveaux. Danser le territoire est-ce habiter la ville en nomade, ouvrir des lignes de fuite, recréer des espaces lisses dans l’espace strié, parcourir et donc d’habiter autrement l’espace public ?

 

L’enjeu de ce questionnement est celui de l’invention de nouveaux territoires en danse, non seulement par le biais d’autres lieux dédiés à la danse, mais davantage encore par l’invention de nouveaux corps dansants et la découverte de nouveaux états de corps.